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Les statuettes religieuses du Hunan

 

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Caractéristiques des statuettes et de leur certificat de consécration

 

Talismans

           

Les certificats se terminent sur une série, plus ou moins longue, de talismans destinés à invoquer les divinités. Nous les avons distinguer en hui, fu, et lu. Introuvables dans les dictionnaires, les hui (« caractères taboués ») sont formés dans leur partie supérieure de la clé de la pluie et dans leur partie inférieure d’un autre caractère, parfois juxtaposé avec le caractère gui (démon) (Fig. 7). Un fu se reconnaît par la présence d’une série de signes, graphiques ou écrits, introduit par l’expression stylisée chiling, « j’ordonne » ou « il est ordonné », et se termine par diverses expressions telles que sha (détruire, annéantir), shousha (« recueillir » les puissances maléfiques), huoji (ordre « urgent »), etc (Fig. 8).

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Fig. 7 : Exemple de talismans hui (de haut en bas : hui de Ziwei, Ling, Taiyang, Taiyin, Tiangang, sha, Jinguang), extrait du certificat de consécration T0232, fin XIXe siècle ©EFEO-Fava
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Fig. 8 : Exemple de talisman fu imprimé sur papier, extrait du certificat de consécration T0015, 1845 ©EFEO-Fava

Les lu, les « registres », composés de hui, de fu et de dessins élaborés ou schématiques, se caractérisent par leur longueur importante et ressemblent aux registres remis aux initiés lors de leur ordination : ils représentent les maréchaux, généraux et soldats céleste mis à leur disposition qu’ils peuvent convoquer pour mener à bien leurs rituels (Fig. 9).

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Fig. 9 : Exemple de talismans lu, extrait du certificat de consécration T0523, 1942 ©EFEO-Fava

La fonction réelle des talismans demeure une énigme. Ils sont interprétés le plus souvent comme constituant l’escorte personnelle du défunt, c’est-à-dire du personnage de la statuette, pour pouvoir atteindre le Ciel. Cette interprétation ne tient pourtant pas lorsque nous avons affaire à des personnages ordonnés (maître d’exorcisme, prêtres taoïstes ou bouddhistes), puisque par définition leur statut d’initié les place d’emblée dans la hiérarchie céleste et leur garantit post mortem une place si ce n’est au Ciel, du moins dans un « purgatoire » pour les moins gradés. Ou alors s’agirait-il d’une ordination après décés qui permettrait aux défunts de bénéficier du statut d’initiés ? Ce qui est vrai pour les hommes ordonnés l’est encore plus pour les divinités reconnues comme telles, qui n’ont nullement besoin des « escortes » que les certificats mentionnent pourtant. Il est donc vraisemblable que les talismans ne concernent pas les statuettes, ou du moins pas toutes les statuettes, mais qu’ils ont pour vocation la protection, en ce monde, des commanditaires eux-mêmes.

Le choix des talismans est également problématique : existe-t-il une logique et une méthode, par exemple divinatoire, pour déterminer le type de talismans à employer ? Ou s’agit-il tout simplement du lot de divinités dont l’officiant chargé de la consécration – le sculpteur lui-même – dispose ?

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